La décarbonation des portefeuilles d'actifs des acteurs financiers

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Face à l’ampleur des investissements nécessaires pour soutenir la transition bas-carbone, les institutions financières sont des acteurs incontournables. Mais en tant qu’entreprises, elles se doivent aussi de se décarboner, au même titre que n’importe quelle industrie. Comment les institutions financières peuvent-elles s’inscrire dans cette démarche et financer un avenir plus respectueux de l’Homme et de la planète ? En inscrivant le respect des limites planétaires au cœur de sa raison d’être et de son statut d’entreprise à mission, La Banque Postale s'efforce de répondre à cette question. Explications avec Skender Sahiti-Manzoni, Responsable des Engagements Citoyens et du Dialogue Parties Prenantes de La Banque Postale.

Le rôle des acteurs financiers face aux risques climatiques

Lors des Accords de Paris, les États se sont engagés à contenir l'augmentation de la température moyenne à 2°C, voire 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle (1850 à 1900). Toutefois, nous sommes déjà proches de cette limite, 2023 étant l'année la plus chaude jamais enregistrée, avec une température moyenne à la surface du globe supérieure de 1,45°C par rapport à l'ère préindustrielle. Le constat scientifique est catégorique, nous devons agir rapidement pour limiter pour éviter l'emballement climatique et l'intensification des phénomènes extrêmes. Le rapport 2024 du Forum économique mondial de Davos confirme cette urgence en présentant les risques environnementaux parmi les principales menaces pesant sur les économies et sur les sociétés mondiales.

Tous les acteurs, dont les institutions financières, doivent donc se mobiliser. Effectivement, ces dernières ont un rôle essentiel à jouer pour financer la transition bas carbone de la société. 6 000 milliards de dollars par an seraient requis à l'échelle mondiale jusqu'en 2030, soit 6 % du PIB mondial. En France, les besoins sont estimés à 66 milliards d'euros par an jusqu'en 2030. Une somme conséquente, qui nécessite de mobiliser des financements publics et privés.

L'empreinte carbone des banques françaises

Les institutions financières, en tant qu'entreprises, génèrent des émissions de carbone opérationnelles, c'est-à -dire dans le cadre de leur fonctionnement. Il s’agit par exemple des émissions liées aux consommations énergétiques (électricité, carburants, etc.), aux achats, aux déplacements domicile-travail des collaborateurs, etc. Si elles doivent réduire ces émissions directes, elles ont également la responsabilité d'agir sur les émissions financées, estimées à être 1 000 fois supérieures aux émissions de CO2 opérationnelles. Les émissions financées sont des émissions de CO2 indirectes attribuées à la banque du fait de ses activités de financement et d’investissement. Elles représentent une partie des émissions du sous-jacent (prêt, action, obligation, etc.) qui sont attribuées à l’institution financière selon des méthodologies standardisées. En effet, en finançant ou en investissant dans une entreprise, les banques participent au développement de cette dernière, et donc indirectement à générer des émissions de gaz à effet de serre.

D’après une étude réalisée par Oxfam France en 2020, les grandes banques françaises auraient une empreinte carbone près de 8 fois supérieure à celle de la France. Pour mieux comprendre ce chiffre, il est important aussi de comprendre les enjeux méthodologiques. La plupart des banques françaises ont des activités à l’international, qui elles aussi génèrent des émissions de CO2 financées qui leur sont attribuées. De même, la question des multiples-comptages est complexe à traiter : une même émission peut être enregistrée à plusieurs reprises à différents niveaux de la chaîne de valeur d’une entreprise. Par exemple, dans le secteur automobile, une même émission est attribuée à un sous-traitant automobile, mais également à un constructeur. Ainsi, cette même émission sera comptabilisée plusieurs fois si une même banque finance plusieurs maillons de la chaîne de valeur du secteur automobile. 

Enfin, il faut également prendre en compte le fait que certains projets, qui génèrent des émissions de gaz à effet de serre, peuvent in fine participer à la décarbonation de l’économie réelle. Nous pouvons prendre pour exemple les fenêtres à double vitrage, dont la fabrication émet du CO2, mais qui permettent une meilleure isolation et donc une consommation limitée d’énergie. C’est d’ailleurs l’esprit de la taxonomie verte de l’Union Européenne qui a établi un système de classification des activités économiques permettant d’identifier celles qui sont durables sur le plan environnemental, c’est-à-dire qui n’aggravent pas la crise climatique. Lancée en 2018, elle se veut comme une « boussole environnementale » pour guider et mobiliser les investissements privés pour parvenir à la neutralité climatique d’ici 2050.

L'objectif du « zéro émission nette » pour La Banque Postale 

Pour maintenir la hausse des températures en deçà de 2 degrés, voire 1,5, nous devons atteindre le « zéro émission nette », c’est-à-dire que nos émissions de gaz à effet de serre sont réduites à un niveau aussi proche que possible de zéro, et les émissions restantes, dites résiduelles, doivent être séquestrées, c’est-à-dire retirées de l’atmosphère. Si l’objectif pour l’Union européenne est 2050, nous avons décidé, à La Banque Postale d’être « net zero » d’ici 2040*$. Cette ambition, nous la partageons avec La Poste Groupe.

Concrètement, cela signifie pour La Banque Postale qu’il nous faudra parvenir à une réduction des émissions de CO2 de l’ordre de 90 %, puis séquestrer les 10 % d'émissions restantes via des puits de carbone naturels comme les sols, les océans ou les forêts, dont nous soutenons d’ailleurs la préservation via le fonds nature impact de WWF ou encore en financement du site naturel de compensation, de restauration et de renaturation de Sainte-Maxime de CDC Biodiversité.

Cependant, il est important de souligner qu’à ce jour les institutions financières doivent faire face à de nombreux défis pour comptabiliser les émissions. Actuellement, nous ne pouvons évaluer les émissions de CO2 que sur environ un quart de notre bilan. Ce chiffre s’explique notamment par le fait que certaines classes d’actifs ne sont pas couvertes par des méthodologies, ou encore par le fait que les données ne sont pas suffisantes pour évaluer précisément l’impact de nos activités sur le climat.

Une autre difficulté tient à la base de comparaison. Au niveau global, l’enjeu est de réduire les émissions de l’ordre de 90 % d’ici 2050 par rapport à 2010. Un premier jalon, de l’ordre de -45 % en 2030 est également posé. Toutefois, à l’échelle d’une banque, alors que son bilan peut être amené à se développer, cette notion de -90 % et -45 % par rapport à 2010 est complexe à appréhender. Quelle base de référence prendre pour une banque qui se serait significativement développée ? Ou qui a l’inverse aurait significativement réduit son activité ? Quel est la part d’effort nécessaire à fournir ? Il s’agit là d’un exercice de taille, qui demande donc l'accès à des données précises et l'utilisation de techniques de rétroprojections fiables.

Enfin, si le rôle des institutions financières est essentiel pour accompagner la décarbonation de l’économie, la réussite de l’atteinte du « zéro émission nette » dépend également des avancées en matière de décarbonation de l'économie mondiale et des décisions prises par les États et des entreprises, et non des banques seules.

Après avoir mis en lumière la manière dont les banques contribuent à la crise climatique et l’impératif du « zéro émission nette », intéressons-nous aux possibles solutions pour une économie bas carbone. Au sein de La Banque Postale, notre stratégie climat repose sur trois axes clés : une démarche de décarbonation basée sur des scénarios scientifiques avec l’arrêt du financement aux énergies fossiles, la création d’offres de produits et services pour accompagner nos clients dans leur transition, et la participation active aux initiatives collectives du secteur. Revenons ensemble sur ces trois piliers.

  • Sous réserve que les États et les entreprises mettent en œuvre les actions nécessaires en ce sens.

Le positionnement de La Banque Postale concernant les énergies fossiles

Malgré ces nombreux défis, à La Banque Postale, nous adoptons une approche pionnière et œuvrons avec détermination, mais aussi humilité, à la décarbonation de l’économie.

Depuis 2021, en alignement avec les recommandations de la communauté scientifique, La Banque Postale a décidé de franchir un cap ambitieux et de ne plus financer les acteurs des énergies fossiles, ni d'investir dans les entreprises du secteur des fossiles, sauf si ces derniers présentent un plan de transition climatique construit scientifiquement pour inscrire leur activité dans le cadre des objectifs de l’Accord de Paris. Sont notamment exclues de financement et d’investissement par La Banque Postale les entreprises listées dans les listes de l’ONG Urgewald, la Global Coal Exit List (GCEL) pour le charbon et la Global Oil and Gas Exit List (GOGEL) pour le pétrole et le gaz. Il s’agit d’une position forte, mais qui démontre à la fois notre cohérence et notre volonté à œuvrer pour la décarbonation de l’économie, en nous appuyant sur la science.

LBP AM et CNP Assurances ont elles aussi adopté des politiques spécifiques relatives aux énergies fossiles. LBP AM met l'accent sur le dialogue actionnarial auprès des acteurs de ce secteur, et CNP Assurances a décidé de plus investir dans les entreprises développant de nouveaux projets d’énergie fossile (charbon, pétrole, gaz fossile).

Les leviers d’action de La Banque Postale pour décarboner ses portefeuilles d'actifs

Pour atteindre nos objectifs de décarbonation, nous devons également accompagner nos clients dans leur propre décarbonation. Aussi nous proposons des offres qui vont accompagner cette transition vers une économie bas-carbone. Notre stratégie consiste à favoriser la transformation des modèles d’affaires des entreprises et des comportements des particuliers plutôt que de systématiquement les exclure de tout financement. Toutefois, nous faisons preuve d'exigence en nous assurant que les clients que nous finançons, lorsqu’ils ont un impact sur l’environnement significatif, ont pris des engagements solides, et progressivement qu’ils disposent d’un plan de transition climatique construit de manière scientifique.

Cette approche s’applique donc au secteur des énergies fossiles, où nous continuons à accompagner certains acteurs identifiés dans les listes GCEL et GOGEL ayant démontré la transformation de leur modèle pour répondre aux enjeux climatiques. En tant que banque, nous devons maîtriser les risques inhérents à notre activité : ne pas financer ou investir dans des entreprises qui ne s'inscrivent pas dans une démarche de transition est également un moyen, pour La Banque Postale, d’atténuer l’exposition de ses portefeuilles aux risques de transition, qui sont susceptibles de se transformer en risques financiers. A l’inverse, accompagner la transition environnementale est un moyen pour La Banque Postale de réduire l’exposition de ses portefeuilles à ces risques.

A titre d’exemple, La Banque Postale a développé ces dernières années des offres de produites et de services pour accompagner la transition de nos clients, comme le Crédit immobilier à impact, première application concrète de notre indice d'impact global, le Prêt personnel Véhicule Vert, ou encore le Prêt personnel Travaux Vert pour nos clients particuliers. Nous proposons également, le Prêt vert aux collectivités et le Prêt vert aux entreprises, produits respectant les critères techniques de la taxonomie verte européenne. Ces prêts illustrent notre ambition au niveau du financement d’actifs ciblés à haute performance énergétique ou décarbonés mais également notre volonté d’accompagner tous types d’acteurs.

Science-Based Targets initiative, Net Zero Banking, ACT for Finance : les engagements de La Banque Postale pour une finance durable

Depuis plusieurs années, La Banque Postale a fait le choix de s’impliquer dans des initiatives sectorielles majeures pour la décarbonation de l’économie. Par exemple, nous avons participé au développement des méthodologies pour le secteur financier de la Science-Based Targets initiative (SBTi), cadre de référence aujourd'hui en matière de validation des trajectoires de décarbonation des entreprises. La Banque Postale est ensuite devenue la première banque française et européenne à valider ses trajectoires de décarbonation en 2020. La Banque Postale est d’ailleurs représentée au sein de l'expert advisory group (EAG) de la SBTi pour le développement d'un nouveau cadre « Net Zero » pour les institutions financières.

La Banque Postale est aussi membre fondateur de la Net Zero Banking Alliance, afin d'élaborer de nouvelles normes de référence pour le domaine financier. Adrienne Horel-Pagès, Directrice de l'engagement citoyen de La Banque Postale, représente les banques européennes au sein du comité de pilotage de cette alliance.

Nous participons activement à des groupes de travail comme celui de l’ADEME pour développer des méthodologies telles que la méthodologie ACT (Assessing Low-Carbon Transition) appliquée au secteur financier, l’ACT 4 Finance.

De manière générale, cette approche s’inscrit dans l’esprit pionnier de La Banque Postale et reflète notre engagement à contribuer au développement et à l’amélioration des cadres méthodologiques existants. Elle nous permet également de développer nos compétences selon une démarche « test and learn ». Il est essentiel de reconnaître que nous sommes qu’au début du processus de décarbonation, avec encore de nombreux enseignements à tirer.

Nous renforçons cet apprentissage en dialoguant avec des ONG, ce qui nous permet non seulement de maintenir un niveau d’ambition à la hauteur des enjeux, mais aussi de partager nos interrogations lors de la mise en œuvre opérationnelle de nos engagements.

Mesurer l'impact sur la biodiversité pour La Banque Postale

En parallèle des questions autour du climat, nous avons commencé à aborder les questions relatives à la biodiversité. Nous avons notamment publié très récemment un rapport climat et nature, aligné sur les recommandations de la TCFD (Taskforce on Climate-related Financial Disclosures) et de la TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures).

Notre expérience de la mesure des impacts de nos activités sur le climat nous a d'ailleurs fortement aidés pour mieux appréhender la mesure des impacts de nos activités et de leur dépendance à la nature. Cependant, à la différence du climat dont les impacts sont globaux, l’impact sur la biodiversité est davantage local, et donc plus difficile à évaluer. De plus, les données sont encore très limitées, et nos principaux résultats, bien qu’ils constituent un premier point de départ intéressant, doivent être interprétés avec beaucoup de prudence.

Nous retrouvons d’ailleurs quelques défis communs à la thématique du climat : des méthodologies récentes, qui seront progressivement renforcées, et des données encore peu disponibles. Cela pose également la question de l'interprétation des résultats. Si la mesure des impacts d’une activité sur la biodiversité est essentielle, nous devons également définir les objectifs que nous souhaitons atteindre. Sur ce point, il faudra encore quelques années pour nous appuyer sur des données plus solides nous permettant d’améliorer la mesure et renforcer notre compréhension des résultats afin d’en tirer des enseignements pertinents.

Enfin, et non des moindres, se posera la question des arbitrages entre climat et nature. A titre d’exemple, la décarbonation du parc immobilier peut nécessiter, au-delà de la rénovation, de nouvelles constructions performantes d’un point de vue énergétique. Or, ces nouvelles constructions supposent l’utilisation de ressources et parfois l’artificialisation de surfaces naturelles. L’articulation entre les enjeux climatiques et ceux de préservation de la biodiversité est d’autant plus essentielle que ces deux dimensions sont interdépendantes. Les pressions exercées par la crise climatique induisent une pression sur la biodiversité, et les solutions basées sur la nature sont parties intégrantes de la solution pour limiter les impacts des changements climatiques.

Pour aller plus loin

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La Banque Postale, signataire des Principes pour une activité bancaire responsable (Principles for Responsible Banking), s’engage à aligner sa stratégie sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies.