Les banques centrales face au brouillard de la guerre

Après plus d’un mois de conflit, les Etats-Unis et l’Iran se sont accordés le 8 avril sur un cessez-le-feu de deux semaines et la perspective d’une réouverture du détroit d’Ormuz.

  • Après plus d’un mois de conflit, les Etats-Unis et l’Iran se sont accordés le 8 avril sur un cessez-le-feu de deux semaines et la perspective d’une réouverture du détroit d’Ormuz. Les pourparlers entre les deux belligérants, au Pakistan, se sont toutefois soldés par un échec à ce stade. Les objectifs annoncés des deux pays semblent en effet opposés, en particulier s’agissant du programme nucléaire iranien ou encore du statut du détroit d’Ormuz. L’Iran souhaiterait en effet prélever une taxe de 1 à 2 millions de dollars par navire transitant par le détroit (compte tenu du trafic habituel du détroit cela représenterait une recette d’environ 35 à 70 Md$ par an, soit 8 à 16 % du PIB du pays). Face à l’échec des négociations, les EtatsUnis ont annoncé le 13 avril un blocus naval des zones côtières et des ports iraniens.
  • Le cessez-le-feu n’augure donc pas, à ce stade, d’une fin définitive du conflit en Iran. L’annonce du cessez-le-feu avait permis d’identifier quel pouvait être le scénario macroéconomique et financier d’un conflit « court » : les taux longs s’étaient détendus, revenant proches de leurs niveaux du début d’année, et les indices actions s’étaient nettement repris, pour revenir vers des niveaux également comparables à ceux du début d’année. A l’inverse, l’échec des premières négociations a de nouveau tendu les investisseurs.
  • Les banques centrales font également face au brouillard de la guerre. Aux Etats-Unis, une inflation un peu plus forte pourrait encourager la Fed à maintenir inchangés ses taux directeurs dans le courant de l’année. L’inflation américaine atteint ainsi à 3,3 % en mars, contre 2,4 % en février. Mais la Réserve fédérale devra conjuguer avec des signaux conjoncturels moins porteurs ces dernières semaines. En zone euro, les marchés attendent deux à trois hausses de taux de la BCE d’ici la fin de l’année. La BCE pourrait toutefois prendre son temps et surveiller d’éventuels effets de second tour sur l’inflation avant de durcir sa politique monétaire. Pour le moment, l’inflation a rebondi en mars en zone euro à 2,5 % (après 1,9 % en février) du fait des prix de l’énergie, mais l’inflation sous-jacente reste stable et bénéficie de la dynamique passée de désinflation.
  • Il faudra ainsi surveiller l’évolution des prix de l’énergie et leur impact sur l’inflation dans les prochains mois. Le prix du baril de Brent affiche une forte volatilité et évolue au gré des annonces et contre-annonces des États-Unis et de l’Iran. Il reste toutefois à un haut niveau et les marchés de l’énergie pourraient être durablement perturbés courant 2026, y compris en cas d’issue du conflit au Moyen-Orient (trafic maritime perturbé, baisse de l’offre).
  • En France, les enquêtes de climat des affaires de mars signalent une activité morose, alors qu’elles avaient bénéficié en début d’année d’un certain optimisme après le vote du Budget 2026. L’évolution des enquêtes de conjoncture resterait toutefois compatible avec une croissance trimestrielle d’environ 0,2 % début 2026 selon l’Insee et la Banque de France. Les principales institutions retiennent ainsi à ce stade une révision limitée de la croissance française pour 2026 (-0,1 à -0,2 pt de %), sous l’hypothèse d’un conflit court au Moyen-Orient.

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