- La fin infructueuse des négociations au Moyen‑Orient a ravivé les tensions sur les marchés de l’énergie au cours de l’été. Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz est de nouveau quasi interrompu, après une amélioration partielle observée en juin dernier. Début septembre, le baril de Brent évolue autour de 100 $, retrouvant les niveaux atteints entre mars et mai derniers. Les prix du gaz se sont également tendus en Europe, le TTF néerlandais atteignant 80 €/MWh, contre environ 40 €/MWh en juin. Si l’Europe demeure peu dépendante des approvisionnements énergétiques issus de la zone de conflit, limitant le risque de pénuries, les tensions mondiales continuent d’alimenter la hausse des prix. À ce stade, la nouvelle stratégie de blocus économique mise en œuvre par les États‑Unis contre l’Iran ne permet pas d’anticiper un horizon clair de sortie du conflit.
- L’activité mondiale résiste globalement, mais les trajectoires demeurent contrastées. Selon les prévisions du FMI, la hausse des prix de l’énergie porterait l’inflation mondiale de 4,1 % en 2025 à 4,7 % en 2026. Cette hausse des prix retrancherait environ 0,3 point à la croissance mondiale, qui s’établirait à 3,0 % en 2026. Aux États‑Unis, l’activité reste soutenue par l’investissement des entreprises et la consommation des ménages, malgré une érosion du pouvoir d’achat liée à l’inflation. En Chine, la faiblesse persistante de la demande intérieure et le secteur immobilier continuent de freiner l’activité, tandis que les exportations demeurent le principal moteur de croissance. En zone euro, l’activité a accéléré au 2e trimestre (+0,6 % en rythme trimestriel ; +0,3 % hors Irlande) portée par le secteur industriel et la poursuite des dépenses publiques en Allemagne. La France se distingue toutefois négativement, avec une croissance nulle au 2e trimestre.
- Les banques centrales restent particulièrement vigilantes face au risque inflationniste. Après un premier relèvement en juin, la Banque centrale européenne a porté son taux de dépôt à 2,50 % le 10 septembre, soulignant la nécessité de prévenir les effets de diffusion du choc énergétique à l’ensemble de l’économie. Les marchés anticipent encore deux hausses supplémentaires. De son côté, la Réserve fédérale américaine pourrait également être amenée à durcir sa politique monétaire, alors que les anticipations de marché se sont progressivement orientées vers deux à trois hausses de taux sur ce cycle.
- Cette réévaluation des perspectives monétaires, combinée à l’enlisement du conflit dans le golfe Persique, a provoqué une remontée marquée des taux souverains au cours de l’été. Ceux-ci retrouvent leurs plus hauts niveaux depuis la crise financière. Le rendement souverain américain à dix ans s’élève à 4,8 % début septembre, en hausse de 40 pb depuis fin juin. En zone euro, le Bund atteint 3,4 %, tandis que le taux souverain français à dix ans a enregistré une hausse plus nette, de 70 pb, pour atteindre 4,3 %. Au-delà des tensions géopolitiques, plusieurs facteurs structurels contribuent désormais au maintien de taux élevés : la normalisation de la politique monétaire japonaise, les besoins croissants de financement de la défense et de la transition énergétique, ainsi que la montée en puissance des investissements liés à l’intelligence artificielle.