La BCE initie son cycle de hausse de taux

  • Etudes économiques

La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé un relèvement de ses taux directeurs lors de sa réunion de politique monétaire du 11 juin.

  • Son taux de dépôt augmente ainsi de 25 points de base (pb), à 2,25 %. Au regard du comportement historique de la BCE, ce relèvement de taux apparaît relativement volontariste. En 2022, elle avait en effet initié son cycle de resserrement alors que l’inflation atteignait des niveaux nettement plus élevés (8,9 % au total et 4,0 % pour la composante sous‑jacente hors énergie et alimentation). À ce stade, l’inflation s’établit à 3,2 % en mai en zone euro et reste essentiellement énergétique, la composante sous-jacente demeurant contenue à 2,5 %. C. Lagarde a néanmoins justifié cette décision par des perspectives d’inflation supérieures à sa cible de 2 %, anticipant 3,0 % cette année et 2,3 % en 2027.
  • La BCE devra toutefois composer avec une croissance fragile en zone euro, avant même les effets complets du choc géopolitique. Les nouvelles estimations de la croissance d’activité au 1 er trimestre en zone euro ont signalé une croissance limitée. Elle atteint -0,2 % dans l’ensemble de la zone, mais largement pénalisée par la volatilité de l’activité en Irlande – dont le PIB est perturbé les exportations pharmaceutiques et la faible activité des multinationales. Par pays, l’activité se contracte de -0,1 % en France sous l’effet d’une contraction de la consommation et de l’investissement. L’activité est en outre atone en Allemagne et en Italie (0,2 % de croissance), malgré d’importants soutiens publics. La BCE a ainsi abaissé sa prévision de croissance pour la zone euro à 0,8 % cette année (-0,1 pt par rapport à mars), signalant une consommation dégradée face aux pertes de pouvoir d’achat.
  • Aux États‑Unis, la croissance du 1 er trimestre a également été révisée à la baisse. Elle progresse de 0,4 % sur le trimestre (soit 1,6 % annualisé). La consommation des ménages reste résiliente mais les ménages ont fortement compressé leur taux d’épargne face aux pertes de pouvoir d’achat, qui atteint des niveaux historiquement bas. Le marché du travail reste quant à lui solide, avec un rebond marqué des créations d’emplois. Cette résilience devrait donner des marges de manœuvre à la Réserve fédérale (Fed) pour éventuellement relever ses taux directeurs dans le courant de l’année, face à une inflation qui rebondit nettement à 4,2 % en mai. Les investisseurs attendent une hausse de taux cette année.
  • Les perspectives pour le second semestre dépendront étroitement de l’évolution du conflit au Moyen-Orient, dont l’issue reste toujours aussi incertaine. Un scénario de normalisation progressive à l’automne est toujours anticipé par les marchés. Il favoriserait une détente de l’inflation au cours de l’année 2027 et limiterait l’ampleur du resserrement monétaire en zone euro. En conséquence, le niveau des taux souverains demeurerait contenu.
  • En France, les prochaines échéances budgétaires pourraient toutefois constituer une source supplémentaire d’incertitudes. Le vote du prochain Budget s’annonce difficile dans la perspective des Présidentielles, alors même que la trajectoire de finances publiques est en risque avec l’impact du conflit au Moyen-Orient. A moyen-terme, l’évolution démographique – dont les hypothèses de l’Insee ont été revues à la baisse – devrait compliquer davantage l’équation du régime des retraites.

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