Le Japon en voie de normalisation

  • Etudes économiques

Au début des années 1990, le Japon a fait face à une crise financière très grave, liée à l’éclatement d’une bulle qui s’était créée après le rapatriement de capitaux initialement investis en dollar, dont la valeur s’était dépréciée après les accords du Plaza en 1985. Il s’ensuivit un effondrement de la Bourse japonaise et des prix de l’immobilier.

  • Les gouvernements japonais successifs ont lutté contre cette crise en multipliant les plans de relance (sans beaucoup d’efficacité) et la Banque de Japon a opté pour une politique monétaire durablement accommodante, qui n’a pas empêché la quasi-déflation de se prolonger. Cette période est en train de prendre fin. L’Acte I s’est écrit depuis trois ans avec le retour de l’inflation liée d’abord aux prix de l’énergie qui a « enfin » fini par susciter une hausse des salaires (réclamée de longue date par les gouvernements et … les entreprises). L’Acte II est en train de se jouer.   Devant la volonté de la nouvelle Première ministre d’adopter une politique budgétaire très active, la Banque du Japon s’est dite prête à relever son taux directeur qu’elle maintenait prudemment à 0,5 % depuis plusieurs mois malgré une certaine persistance de l’inflation. Cela s’est traduit par une remontée du taux à 10 ans japonais à environ 2 %, un niveau inconnu depuis la fin des années 1990.
  • Les conséquences pour le reste du monde de cette normalisation du Japon ne sont pas nulles. Les investisseurs japonais avaient pris l’habitude d’emprunter en yen à un niveau de taux très bas pour placer ces liquidités dans des actifs plus rémunérateurs, en particulier la dette américaine (opération dite de carry trade). Le Japon est ainsi le premier pays détenteur de dette américaine. Le restera-t-il ? Un reflux des investissements japonais va-t-il pousser à la hausse les taux longs américains ?
  • Outre-Atlantique, les investisseurs parient sur une nouvelle baisse du taux directeur à la réunion de décembre. La situation du Japon n’y est d’ailleurs peut-être pas étrangère car l’idée de la Fed est bien de peser sur les taux longs américains. Du côté de l’activité, même si le shutdown a limité les données disponibles, les signaux sont plutôt favorables alors que l’inflation est certes élevée mais ne dérape pas.
  • En Chine, l’activité paraît s’essouffler en cette fin d’année, la demande intérieure manquant de dynamisme, un traditionnel maillon faible de la croissance chinoise.

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