- Fin septembre, les flux de pétrole en provenance du Moyen‑Orient sont revenus à un niveau proche de celui observé avant le conflit, malgré l’absence d’accord et l’arrêt des exportations iraniennes. Cette normalisation témoigne de la capacité d’adaptation des chaînes d’approvisionnement, avec le développement d’itinéraires alternatifs et la sécurisation des flux maritimes. Elle ne s’est toutefois pas accompagnée d’une normalisation des prix : le Brent se maintient autour de 100 $ à la mi-octobre, soutenu par le rebond de la demande mondiale, notamment chinoise, la faiblesse des stocks et la persistance de la prime de risque géopolitique. Les tensions restent en outre particulièrement fortes sur les produits raffinés, dont les marges ont atteint des niveaux historiquement élevés.
- Le maintien des prix de l’énergie à un niveau élevé et la poursuite de la remontée de l’inflation devraient inciter les banques centrales à prolonger leur cycle de resserrement monétaire. D’autant que l’économie mondiale se montre résiliente à ce stade : l’indice PMI composite mondial a dépassé en septembre son niveau d’avant-conflit. L’activité continue de surprendre positivement aux États‑Unis, tandis que la croissance en zone euro bénéficie notamment de la hausse des dépenses publiques. Dans ce contexte, les taux souverains se maintiennent à des niveaux élevés.
- L’attention s’est progressivement portée ces dernières semaines sur la hausse du « risque France », matérialisée par l’élargissement du spread de taux à 10 ans de la France vis-à-vis de l’Allemagne. Ce dernier atteint 140 points de base (pb) mi-octobre, contre environ 70 pb en juillet, retrouvant des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis la crise des dettes souveraines. Le taux français à 10 ans s’éloigne également du taux italien, alors que les deux évoluaient encore à des niveaux proches au début du conflit. Cette tension sur le souverain français semble refléter à la fois la dégradation continue des finances publiques françaises depuis la sortie de la crise sanitaire et la vive montée de l’instabilité politique et sociale, associée aux discussions du budget pour 2027 et à l’élection présidentielle. Les primes de credit default swaps des grandes banques françaises, qui mesurent le coût de la protection contre leur risque de défaut, ont également augmenté depuis un mois.
- L’économie française présente parallèlement plusieurs signes de fragilité. Les ménages subissent une détérioration de leur pouvoir d’achat, qui pèse sur la consommation. Dans sa dernière Note de conjoncture, l’Insee anticipe une baisse de 0,7 % du pouvoir d’achat par unité de consommation en 2026, comme en 2025. Une succession de deux années de baisse est rare en France : il faut remonter à la crise des dettes souveraines (2011-2013) ou au tournant de la rigueur (1983-1984) pour observer des épisodes comparables. Les entreprises semblent par ailleurs différer leurs projets d’investissement face à la montée de l’incertitude politique. Enfin, la reprise du marché immobilier s’essouffle avec le renchérissement du crédit : les taux des crédits à l’habitat pourraient s’approcher de 4 % d’ici à la fin de l’année, soit environ 100 pb de plus sur un an. L’économie française apparaît cependant davantage confrontée à un risque de croissance durablement faible qu’à celui d’une contraction marquée de l’activité : le niveau élevé de l’épargne des ménages, la dégradation encore graduelle du marché du travail et une inflation relativement contenue constituent autant de facteurs d’amortissement.