Cyril Dion : « En détruisant le vivant, nous nous détruirons nous-mêmes »

La Banque Postale est partenaire du nouveau film « Animal » de Cyril Dion, qui sera au cinéma le 1er décembre. Le réalisateur a répondu à nos questions autour de la biodiversité et des objectifs qu'il souhaite atteindre à travers ce nouveau film.

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« Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours personnel de militant écologiste ?

J’ai 43 ans. J’ai fait beaucoup de choses différentes dans ma vie. D’abord, des études d’art dramatique. J’ai été  acteur quelques années (et beaucoup de petits boulots en parallèle) puis j’ai changé de voie à 24 ans. En 2003, j’ai organisé avec la Fondation « Hommes de Parole », un congrès pour la paix entre Israéliens et Palestiniens, puis, en 2005 et 2006, le premier et deuxième Congrès Mondial des Imams et Rabbins pour la Paix. Il s’agissait de réunir les 400 plus grands leaders juifs et musulmans du monde , de les enfermer pendant 4 jours dans un hôtel et de voir ce qui se passait. Ce fut une expérience assez incroyable.

Puis fin 2006, on m’a proposé de créer une ONG écologiste, qui est devenu le mouvement « Colibris ». A partir de ce moment-là, j’ai multiplié les initiatives : création du magazine Kaizen, de la collection Domaine du Possible chez Actes Sud…

Puis en 2012, j’ai fait une sorte de burn out qui m’a permis de me recentrer et de revenir vers la création. Ainsi en 2014, j’ai publié un recueil de poèmes, puis écrit et co-réalisé le film « Demain » avec Mélanie Laurent, puis un roman en 2017 (Imago), plusieurs essais, des livres pour enfants et le film « Animal » en 2021. Parallèlement, j’ai été très impliqué dans le mouvement climat à partir de 2018. J’ai participé  à toutes les marches et grèves pour le climat, puis j’ai été l’une des figures de l’Affaire du siècle qui a attaqué l’Etat en justice pour inaction face au changement climatique, et enfin l’un des initiateurs et garant de la Convention Citoyenne pour le Climat et celui qui a persuadé Emmanuel Macron de la mettre en œuvre… Bref, je ne chôme pas !

Pourquoi avoir choisi de sensibiliser les spectateurs aux enjeux liés à la biodiversité précisément maintenant ? Est-ce une rupture par rapport à vos engagements passés en faveur du climat ?

Parce que l’effondrement de la biodiversité est l’autre grande crise écologique, dont on parle bien trop peu. Et que les deux sujets, climat et biodiversité, sont intimement liés. D’abord ; parce que le réchauffement climatique est l'une des causes de la disparition des espèces et que celle-ci aggrave le changement climatique. Ensuite, parce que ces deux crises ont une seule et même origine : notre relation au monde vivant.

Tant que nous considèrerons que les forêts, les océans, les insectes et les mammifères sont des ressources ou, pire, des variables dans un tableau Excel, nous continuerons à perturber gravement les équilibres dont nous dépendons. Si nous pouvons manger, boire ou respirer, c’est grâce au monde vivant ! Ce sont les océans et les forêts qui produisent notre oxygène et absorbent le CO2, ce sont les pollinisateurs et toute la vie microbiologique des sols qui nous assurent des récoltes abondantes. Ce sont les roches et les plantes qui filtrent l’eau pour que nous puissions la boire. Très peu de personnes réalisent que la plupart des molécules que nous utilisons pour nous soigner viennent des plantes, que ces dernières ne seraient pas si abondantes si les fourmis, termites et autres insectes ne recyclaient pas et ne dispersaient pas les graines, etc. Tout est intimement lié à nous. En détruisant le vivant, nous nous détruirons nous-mêmes.

Comment les citoyens peuvent-ils agir concrètement ?

De multiples façons. D’abord, en agissant dans nos vies de tous les jours sur les cinq causes de l’extinction : destruction des habitats, surexploitation, pollution, espèces invasives et changement climatique. 

Concrètement, la chose la plus importante que chacun puisse faire dans son quotidien, c’est limiter grandement sa consommation de produits d’origine animale. La cause numéro un de l’extinction, c’est la destruction des habitats par l’urbanisation et par l’agriculture industrielle, et particulièrement celle destinée à nourrir les animaux d’élevage. Nous rasons les forêts pour les remplacer par des pâtures ou pour faire pousser du soja et du maïs pour les animaux. Par ailleurs, l’élevage est responsable de 15 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

Ensuite, se passer de plastique, limiter globalement son empreinte écologique, placer son argent dans des banques qui s’engagent à ne pas financer des entreprises qui participent à détruire les écosystèmes ou à réchauffer le climat, mais qui, au contraire, financent la transition et la régénération…

A une échelle plus vaste, choisir un métier qui participe à résoudre les problèmes plutôt que les aggraver. C’est là que nous passons le plus clair de notre temps.

Quel est l’objectif à travers le fait de donner la parole aux jeunes dans ce film ?

D’abord raconter leur histoire. Et puis voir ce que nous sommes en train de faire au monde vivant à travers leurs yeux, c’est infiniment plus touchant. C’est l’une des premières générations à se dire que leur planète pourrait concrètement devenir inhabitable. C’est insupportable. Et cela l’est d’autant plus lorsqu’on les voit confrontés à cette réalité directement. Mais c’est aussi plus enthousiasmant et émouvant de voir toutes les possibilités qui s’offrent à nous pour réparer, pour régénérer, par le prisme de ces deux adolescents extraordinaires. Le film est l’histoire de leur parcours, à la fois géographique et intime, de leur transformation. Nous faisons le pari que les spectateurs vivront ce voyage eux aussi.

Pourquoi ce partenariat avec le groupe La Banque Postale ?

C’est l’une des rares banques en France qui ait une forme d’éthique dans ses pratiques et ses placements et un engagement citoyen. Or, nous avons infiniment besoin de banques qui puissent flécher les investissements dans la bonne direction. Clairement, c’est l’un des enjeux majeurs des années à venir. De là où l’argent ira (ou n’ira pas), dépendra notre avenir à tous. Il est indispensable d’assécher le secteur des énergies fossiles et de la destruction du vivant, pour financer la réparation de notre monde. J’espère que la Banque Postale jouera un rôle important pour le faire. »

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