Ne pas en parler signifie gérer les choses soi-même, prendre sur soi et donc surcompenser. Un dyslexique qui rédige lui-même va devoir produire d’énormes efforts, alors que quelqu’un de son équipe pourrait l’aider, ou un LLM.
Mounah Bizri , fondateur de WeMakeTheDiff
« 12 millions de Français vivent avec un handicap. Pourtant, ce sujet reste peu visible dans le monde du travail…
Dans les entreprises, le nombre de personnes en situation de handicap qui déclarent une RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) est extrêmement faible. Pourtant, 32 % de la population active est atteinte d’un handicap, d’une maladie chronique ou d’un problème de santé durable selon les statistiques officielles. Par handicap, on entend un trouble de santé, qui va impacter directement ou indirectement le travail, d’une durée d’au moins un an, et qui est éligible à la RQTH. Cela va d’un fémur cassé à des maladies invalidantes comme le cancer, en passant par l’endométriose.
Si cette réalité concerne tant de monde, pourquoi si peu de salariés déclarent leur situation ?
Les salariés, eux, ont besoin d’être sûrs qu’ils ont plus à gagner qu’à cacher leur situation. Ils se posent des questions : qu’est-ce que ça va m’apporter ? Quelles vont être les conséquences ? Ils ont souvent peur de ne pas être “assez” handicapés ou de ne pas être éligibles à la RQTH. Et ils ont aussi besoin de s’assurer que tout soit fait en conformité, que leurs données sont protégées.
Côté entreprise, le sujet est encore tabou. On s’imagine que c’est un sujet lourd, alors qu’en réalité, la plupart des aménagements de poste sont simples. Pour l’endométriose par exemple, il peut s’agir de télétravail, de flexibilité de dernière minute... Rien que ça, ça fait une diff’ énorme !
Enfin, les RH ont en général peu de temps pour traiter ce type de sujets, et chaque situation demande une expertise spécifique, en fonction du handicap.
Qu’est-ce que ça change d’en parler ?
Ne pas en parler signifie gérer les choses soi-même, prendre sur soi et donc surcompenser. Un dyslexique qui rédige lui-même va devoir produire d’énormes efforts, alors que quelqu’un de son équipe pourrait l’aider, ou un LLM.
Parler permet justement d’enlever cette pression, de ne plus surcompenser et d’alléger la charge mentale. Cela permet de clarifier les choses pour soi et pour les équipes, et donc de ne plus être seul.
Ensuite, cela ouvre la possibilité d’une deuxième étape : demander une RQTH, qui permet d’obtenir un aménagement de poste adapté.
Justement, en quoi la plateforme WeMakeTheDiff, que vous avez fondée, permet de lever ces freins ?
Pour créer l’espace de confiance nécessaire, il faut personnaliser l’approche selon les besoins et le handicap. Le but est de lever les freins à la déclaration, et c’est ce que fait la plateforme WeMakeTheDiff. C’est la première plateforme digitale qui permet aux salariés de partager leurs besoins liés au handicap au travail, de manière totalement sécurisée.
Le parcours est personnalisé en fonction du handicap du salarié. Il permet d’identifier les craintes, propose un contenu spécifique et des recommandations d’aménagement de poste. C’est le salarié qui a la main et qui peut décider de partager ou non ces informations à la mission handicap de l’entreprise, et d’être accompagné sur la démarche RQTH.
Pour l’entreprise, cela permet d’avoir un process clair, de structurer la déclaration, et de mesurer le résultat de sa politique handicap de façon plus précise. L’objectif est de permettre aux salariés concernés d’oser en parler, pour être dans les meilleures conditions au travail.
Comment est née la plateforme WeMakeTheDiff ?
C’est à la fois le fruit d’un besoin terrain et d’un vécu personnel. Malgré un excellent diplôme, je me suis rendu compte que le fait d’être bègue bloquait au moment des entretiens. Par la suite, mon TDAH et mon autisme ont aussi causé des incompréhensions professionnelles. Ce que j’ai observé, c’est que les personnes souhaitent en parler, mais qu’elles n’ont pas forcément l’espace pour ou le process pour le faire. C’est pour créer cet espace sécurisé et personnalisé que WeMakeTheDiff a été créé. »