L’étude de La Banque Postale montre que le taux d’endettement des services d’eau et d’assainissement est relativement faible. Recourir davantage à l’emprunt permettrait de lisser dans le temps l’augmentation du prix de l’eau et de l’assainissement, pour éviter des hausses brutales des tarifs.
Maria Salvetti, économiste et spécialiste des politiques publiques de l’eau
En France, renouveler le réseau d’eau nécessiterait une hausse du prix de l’eau potable de 3,5 % à 6 % par an pour les usagers ces prochaines années*$. Pourquoi ?
Selon le rapport La gestion de l’eau, un long fleuve pas si tranquille pour les collectivités locales, les tarifs du service d’eau potable devraient augmenter de 3,5 % à 6 % par an, et ceux de l'assainissement de 3,5 % à 4 % par an jusqu'en 2040, pour garantir la pérennité économique des services d’eau.
La première raison est liée à la nécessité d’entretenir le patrimoine, qui est composé principalement de tuyaux. Pour avoir un service d’eau et d’assainissement qui soit fiable, durable et de qualité, il faut effectivement renouveler notre réseau, qui est vieillissant. En effet, les premières vagues d’investissements massifs pour l’eau potable datent de l’après-guerre. Renouveler ce patrimoine coûte cher.
La pollution de l’eau aussi a un coût… L’eau brute, qui est prélevée dans les milieux naturels, subit de plus en plus de pollutions. La dépolluer pour la rendre potable est donc de plus en plus coûteux. À cela s’ajoutent de nouvelles normes européennes : certaines stations vont devoir traiter les micropolluants, issus majoritairement des produits cosmétiques et pharmaceutiques, d’ici à 2045. Mais pour l’instant, sous la pression de ces industriels qui devaient financer la majeure partie de cette dépollution, le Parlement européen a voté la suspension de cette mesure, dans l'attente d'une nouvelle étude d'impact.
Comment agir en amont pour préserver la qualité de l’eau ?
Sur les bassins de captage, il faut par exemple travailler avec le monde agricole afin de limiter ou d'éviter les intrants polluants. Il s’agit d'inciter les agriculteurs à modifier leurs pratiques sur les zones de captage. Certains services d’eau font déjà cela via l’acquisition foncière notamment. Le service d’eau achète les terres au niveau du captage et signe avec l’agriculteur un bail agricole avec des clauses environnementales. Cela permet de pérenniser un fonctionnement durable, à la fois pour le service d’eau et l’agriculteur.
Pour faire face à tous ces défis, le budget des services d’eau et d’assainissement pourrait doubler d’ici à 2040, selon l’étude sur la gestion de l’eau de La Banque Postale). Qui va financer cela ?
Concernant les dépenses liées au service d’eau et à l’assainissement, ce sont les usagers qui paient, qu’ils soient domestiques ou industriels. La deuxième solution, complémentaire de la première, c’est l’emprunt.
En quoi s’endetter est-il une solution pour les collectivités ? C’est plutôt contre-intuitif...
L’étude de La Banque Postale montre que le taux d’endettement des services d’eau et d’assainissement est relativement faible. Recourir davantage à l’emprunt permettrait de lisser dans le temps l’augmentation du prix de l’eau et de l’assainissement, pour éviter des hausses brutales des tarifs. En entretenant le patrimoine, on le lègue en bon état aux générations futures. S'endetter sur 30 ans pour financer des équipements qui dureront entre 50 et 80 ans, cela a du sens.
Face au changement climatique se pose aussi la question de l’accès à l’eau…
Oui. L’eau est une ressource partagée et personne ne peut s’en arroger l’accès. Son partage doit donc être discuté localement entre les différents usagers : particuliers, agriculteurs et industriels. Cela devient un véritable enjeu de politique territoriale.
En cas de pénurie, des priorités existent. En France, ce sont d’abord les usagers domestiques, puis les centrales nucléaires, puis l’environnement, puis l’agriculture, et enfin les industriels. Cette gestion de l’eau doit permettre de déclencher aussi les investissements nécessaires pour sécuriser les approvisionnements.