Antoine Pellion : « Choisir la qualité de société à mission, c’est un signal envoyé par l’entreprise sur ses valeurs et convictions »

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Antoine Pellion, ancien secrétaire général à la planification écologique, président du comité de mission de La Banque Postale, analyse ici le rôle vital des entreprises dans la transition écologique. Le nouveau président du comité de mission de La Banque Postale détaille comment le statut de société à mission permet de passer des intentions à des résultats concrets et mesurables.

« Lorsque vous étiez Secrétaire général à la planification écologique, vous avez pu observer de près l’implication des entreprises dans la transition environnementale. Où en sont-elles aujourd’hui ?

Le rôle des entreprises dans la transition écologique est central. Les travaux du SGPE ont montré qu’elles détiennent la clé de 50 % des émissions de CO2 visées d’ici 2030. Et elles se mobilisent massivement, d’autant que, pour elles, décarboner, c'est aussi maîtriser sa facture ; elles en ont pris conscience lorsque les prix du gaz ont explosé en 2022 du fait de la guerre en Ukraine.

C’est ce qui me pousse à penser qu’indépendamment de l’ambiance générale, il existe un alignement marqué entre la transition énergétique et la souveraineté, voire la survie économique de la France et de l'Europe. Nous sommes un pays dépourvu d’énergies fossiles ; si nous voulons rester maîtres de notre destin énergétique, nous devons donc décarboner. À défaut, nous continuerons de dépendre de façon disproportionnée d’autres États, lesquels ne nous veulent pas forcément du bien. Ce qui est vrai pour l’énergie l’est aussi pour de nombreux autres types de ressources. Le constat est donc clair : notre avenir économique passe par la réussite de la transition des entreprises.

Antoine Pellion, président du comité de mission de La Banque Postale.
Antoine Pellion, président du comité de mission de La Banque Postale.

Justement, en quoi le fait, pour une entreprise, de se doter de la qualité de société à mission peut-il l’aider à accélérer sur cette voie ?

En matière de transition, il est facile d’élaborer et d’annoncer des plans et des stratégies. Le vrai défi consiste ensuite à produire des résultats, mais aussi à adapter et modifier ces plans à mesure que le contexte évolue. C’est là que le statut d’entreprise à mission, avec la série de processus et d’outils qui l’accompagne, peut s’avérer particulièrement utile. Choisir la qualité de société à mission, c'est notamment s’engager à piloter sa transition en suivant des indicateurs quantitatifs permettant d’avancer concrètement vers ses objectifs ; c’est donc un engagement fort. C’est aussi un signal envoyé par l’entreprise sur ses valeurs et convictions, d’autant que modifier ses statuts est un acte irréversible.  Cette démonstration d’engagement explique d’ailleurs pourquoi ce statut peut être  fédérateur et source de fierté pour les salariés, en contribuant à donner du sens à leur travail quotidien. Cela peut aussi constituer un facteur d’attractivité non négligeable en matière de recrutement.

Que change, dans la trajectoire de transition d’une entreprise, le fait de pouvoir s’appuyer sur des parties prenantes externes, comme c’est le cas avec les Comités de mission ?

Le choix de la qualité d’entreprise à mission marque un engagement structurant à contribuer à la société autrement que sur le seul plan économique. Ce choix doit se traduire dans les produits et offres de l'entreprise, dans l’ensemble de ses activités, de même que dans son pilotage. Et, comme toute transformation culturelle, cela nécessite de se remettre en question régulièrement pour ne pas retomber dans les anciennes habitudes et donc d’être accompagné sur la voie de la transition. C’est justement le rôle du comité à mission que d’être un partenaire capable de guider, conseiller et challenger avec bienveillance.

Quelles sont les conditions à réunir pour permettre à un Comité de mission d’accompagner au mieux la société de mission dans l’atteinte de ses objectifs ?

Il faut d’abord réunir une diversité de compétences pour pouvoir s’appuyer sur différents éclairages. Une erreur, par exemple, consisterait à se focaliser uniquement sur les enjeux environnementaux au détriment des enjeux sociaux. Par ailleurs, l’entreprise ne doit pas se contenter de consulter occasionnellement son Comité de mission ; celui-ci doit être embarqué au côté de l’équipe de management. Il faut donc qu’y participent des opérationnels de la société, afin que la mission de l’entreprise entre dans la réalité de leur quotidien. Enfin, la mission choisie doit se traduire concrètement dans les offres et les produits de l'entreprise. J’y suis particulièrement attaché, et c’est ce que je trouve passionnant dans le cas de La Banque Postale : de quelle façon le plan de transition de la banque, par exemple, s’incarne-t-il dans les produits qu’elle propose à ses clients ? Comment fait-elle en sorte que ses missions aient un impact tangible et quotidien pour ces derniers, qu’il s’agisse d’entreprises ou de particuliers ?

Justement, en tant que président du comité de mission de La Banque Postale, quels sont les sujets que vous regarderez de près ?

Il faut d’abord souligner la qualité du travail qui a d’ores et déjà été accompli par le comité pour poser les fondamentaux des missions de La Banque Postale. Pour ce qui est de l’avenir, je le redis car cela me paraît crucial :  je veillerai à ce que l’engagement de la banque dans les transitions, notamment sociales, se matérialise dans ses offres. Je pense que c’est une condition indispensable pour faire en sorte que la transition devienne une réalité mesurable et qu’elle puisse se massifier. Car l’une des forces de La Banque Postale est justement le fait qu’il s’agit de l’une des banques de référence de Français, de sorte que ce que fait la banque peut être massifié à l’échelle de toute la population pour profiter à toute la société. Car l’enjeu, aujourd’hui, ne consiste pas uniquement à continuer d’inventer de nouvelles solutions mais surtout à déployer celles qui fonctionnent déjà, de façon à ce que la transition environnementale et sociale fasse un pas de géant en termes de résultats.

Par ailleurs, j’aimerais également que le Comité de mission se penche sur la question de l’adaptation au changement climatique : La Banque Postale finance des actifs qui vont être affectés par le réchauffement ; comment accroître leur résilience en allant d’une logique curative à une logique d’anticipation ? Sur le sujet de l’accès à l’eau, par exemple, comment prendre en compte les risques de pénurie dans le choix des projets financés ou dans les recommandations aux entreprises et particuliers ? Je sais que La Banque Postale souhaite se doter d’un plan d’adaptation ; le comité de mission aura à cœur de l’accompagner dans cette démarche. »